L’opposition politique resserre l’étau autour du PM Fils-Aimé et opte pour un exécutif bicéphale

Politique

 

Plusieurs organisations et personnalités politiques réunies au sein de l’opposition progressiste ont publié une déclaration conjointe dans laquelle elles dénoncent ce qu’elles qualifient de « dérive autoritaire » du gouvernement dirigé par le Premier ministre de facto, Alix Didier Fils-Aimé, et réclament une réorganisation immédiate du pouvoir exécutif en Haïti.

Dans ce document, les signataires estiment que la transition, censée conduire au rétablissement de l’ordre démocratique et à l’organisation des élections, s’est éloignée de ses objectifs initiaux. Ils accusent les autorités actuelles de concentrer le pouvoir entre les mains d’un seul homme, au mépris, selon eux, de la Constitution et des aspirations populaires.

L’un des principaux points soulevés par les signataires concerne la prolongation du mandat exercé par Alix Didier Fils-Aimé après l’échéance du Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Selon eux, le maintien du chef du gouvernement à la tête de l’État constitue une usurpation de pouvoir, fondée sur une interprétation abusive de l’article 149 de la Constitution.

Les responsables de cette déclaration soutiennent que la période maximale prévue par cet article pour combler une vacance présidentielle ne saurait excéder 120 jours. Ils considèrent ainsi que le 7 juin 2026 représente une date limite au-delà de laquelle toute prolongation du pouvoir actuel serait contraire à la légalité constitutionnelle.

Les signataires critiquent également le pacte politique ayant servi de cadre à l’organisation des prochaines élections. Selon eux, cet accord aurait été transformé en un mécanisme d’exclusion politique et de gestion unilatérale des affaires publiques.

Ils accusent l’exécutif d’avoir fermé la porte à une concertation nationale inclusive et dénoncent ce qu’ils décrivent comme une gouvernance caractérisée par le clientélisme, le népotisme et l’incompétence administrative.

Dans leur évaluation de la transition, les organisations signataires dressent un constat sévère de la situation sécuritaire du pays. Elles estiment que les groupes armés continuent d’exercer leur contrôle sur une grande partie du territoire national, tandis que le processus électoral demeure bloqué.

Selon elles, l’incapacité du gouvernement à restaurer la sécurité et à organiser des élections crédibles constitue un échec majeur de la mission qui lui avait été confiée.

La déclaration exprime également des inquiétudes concernant le fonctionnement du Conseil Électoral Provisoire (CEP). Les signataires dénoncent des tentatives présumées de contrôle de l’institution électorale et affirment que certaines décisions gouvernementales viseraient à influencer le processus électoral.

Par ailleurs, ils adressent des critiques au Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), auquel ils reprochent une attitude jugée trop conciliante face aux actions du pouvoir en place. Les auteurs du texte appellent l’organisme international à jouer pleinement son rôle d’accompagnement du retour à l’ordre démocratique.

Face à ce qu’ils qualifient de crise institutionnelle, les signataires proposent l’instauration d’un pouvoir exécutif bicéphale, présenté comme une solution capable de rétablir l’équilibre institutionnel et de garantir une transition plus consensuelle.

Ils annoncent également leur intention de soumettre prochainement une feuille de route détaillée aux instances concernées afin d’encadrer le passage du système actuel vers cette nouvelle architecture politique.

Dans la conclusion de leur déclaration, les responsables de l’opposition progressiste lancent un appel à la mobilisation citoyenne. Ils affirment que si les autorités refusent de se conformer à la volonté populaire, ils encourageront une vaste mobilisation nationale en faveur d’un changement de gouvernance.

Le document se termine par un message se voulant porteur de souveraineté populaire, les signataires affirmant que l’avenir du pays doit être déterminé avant tout par les citoyens haïtiens et non par des influences extérieures.

La déclaration a été signée à Pétion-Ville le 6 juin 2026 par plusieurs partis et organisations politiques, dont le Grand Bloc du Peuple représenté par Annibal Coffy ainsi que Consensus Politique, représenté notamment par le sénateur Simon Dieuseul Desras et le député Jonas Coffy.

Jean Dalens SEVERE