L’art comme refuge : Quatre Chemins face au chaos.                                           

Culture


Alors que le pays sombre dans le chaos total, l’Association Quatre Chemins donne le ton.


Depuis onze ans, l’équipe de Quatre Chemins lance des appels chaque année pour regrouper de jeunes artistes. Ce projet consiste à illuminer l’artisanat dans toute sa splendeur, permettre aux artisans de s’exprimer à travers leurs œuvres.


En 2025, John Woodly Louis Jeune, Mide Steffi Médard, Manon Lavaud sont les lauréats de cette résidence, réalisée chaque année pendant deux mois. Pendant ces deux mois, ces artistes ont tout donné pour réaliser des chefs-d’œuvre.
John Woodly Louis Jeune, plasticien pluridisciplinaire

Avec la série « Mak bwa, Mak moun », l’artiste explore la mémoire des matières et des corps à travers la gravure et le mixed media. Dans ses tableaux, il y a un dialogue entre matière et mémoire, cherchant à révéler, par l’image, des histoires souvent passées sous silence, tout en créant un lieu d’expression et d’échange avec la communauté.

Originaire de Dame-Marie, John Woodly Louis Jeune, connu sous le nom de Trevart, est également architecte, ce qui explique ce mélange d’art et cette dimension complexe à appréhender dans ses tableaux, comme : « Cœur de lumière », le récit d’une métamorphose profonde d’une femme née deux fois. Une œuvre qui affirme que les femmes d’aujourd’hui qui se battent sont la réincarnation de ces femmes battues, silencieuses, qui ont existé avant.

« Sous le ciel cassé, les âmes parlent » dépeint l’instant de la rupture. Lorsque quelque chose de longtemps contenu se brise, chaque éclat de verre, brisé de mille feux, raconte une histoire dont on se souviendra toujours.
Depuis 2020, à travers ses œuvres, il transmet sa passion aux jeunes publics via des organisations telles que ForTheKids, SKL et Ewayiti. Il se veut gardien de mémoire, puisant dans les récits collectifs et les valeurs culturelles haïtiennes.
Avec ces mots :
« Dans ma démarche, une œuvre originale est généralement pensée comme une pièce unique, afin de préserver son authenticité et sa valeur.
Cependant, dans le cas d’œuvres numériques ou de formats reproductibles, il est possible d’envisager des éditions limitées, encadrées et contrôlées. »
Mide Steffi Médard 

Plasticienne et chanteuse.
Mide Steffi Médard, née à Port-au-Prince, a grandi entre engagement communautaire et expression artistique. Formée à l’École Nationale des Arts, elle conjugue création et action sociale : formatrice en gestion des risques, militante au sein d’associations féminines, initiatrice d’ateliers pour enfants et femmes.
Avec son projet « Résonances féminines », ou « Fanm Fòs », elle propose une série de douze tableaux qui célèbrent la femme dans toute sa complexité : force, fragilité, sensualité, douleur, renaissance.
Comme « Femme au masque », la peinture crie les fleurs et le silence des femmes marginalisées dans une société machiste. « Le visage brisé » nous rappelle que nous avons tous cette part de nous brisée en mille morceaux et que, malgré tout, nous continuons d’exister.

Cette exposition rend hommage aux silences et aux cris des femmes haïtiennes, à leurs combats invisibles et à leurs victoires éclatantes.
Pour Mide Steffi Médard :
« L’art est la plus belle façon de réunir toutes sortes de personnes dans une même ambiance, un même espace. L’art est ce qui rassemble les peuples, ce qui brise toutes les frontières. »

Manon Lavaud
L’expérimentée Française d’origine haïtienne, Manon Lavaud est productrice, réalisatrice et scénariste. Formée aux Films d’Ici entre 2017 et 2021, elle a accompagné la production d’une trentaine de films avant de cofonder, à Marseille, la société Muja Films, une structure franco-tunisienne dédiée aux cinéastes du Sud global et de leurs diasporas.

Alumna d’EURODOC Med, de CPH:DOX et du Rotterdam Lab, elle développe aujourd’hui son premier moyen-métrage documentaire, Retour à l’expéditeur, retenu pour les résidences Par Quatre Chemins.
Ce film interroge son lien intime avec Haïti. Issue d’une lignée où l’exil a parfois rimé avec effacement, elle entreprend une enquête familiale pour comprendre le silence des origines.

En mettant la passion pour l’art, on voit la peinture, le cinéma comme une arme. L’Association Quatre Chemins utilise toutes les formes d’art comme moyen d’expression l’architecture, la peinture, le cinéma, le dessin, le théâtre tout ce qui a du sens, des actes évoqués, qui rappellent l’humanité même de ces valeurs. Provoquant des actes, interrogeant des faits qui ne doivent pas rester tabous.

Pour cette 11e édition des résidences Par Quatre Chemins, gravure, peinture et cinéma réuniront Haïti et sa diaspora à travers des créateurs qui tracent des chemins de création où se croisent mémoire, engagement et humanité.

Gertrude JEAN-LOUIS