À mesure que le débat public haïtien se réactive autour de dossiers historiques sensibles, l’affaire dite de La Scierie refait surface avec une intensité renouvelée. Au cœur de cette actualité, l’ancien président provisoire Jocelerme Privert prend la parole pour contester vigoureusement les accusations qui ont marqué une partie de sa carrière.
Dans une intervention accordée à la rédaction de Vant Bèf Info, l’ancien titulaire du ministère de l’Intérieur replace les événements de Saint-Marc dans un contexte qu’il juge profondément dénaturé. Selon lui, la qualification de « massacre » attribuée aux faits survenus au début des années 2000 relèverait davantage d’une construction politique que d’une réalité objectivement établie.
À l’époque, Haïti traversait une période de fortes tensions, notamment sous la présidence de Jean-Bertrand Aristide, aux côtés de figures politiques comme Yvon Neptune. Pour Jocelerme Privert, les événements de La Scierie s’inscrivent dans une dynamique d’affrontements localisés entre groupes rivaux, et non dans une logique d’extermination planifiée.
Il s’appuie notamment sur les analyses de Louis Joinet, qui évoquait à l’époque des affrontements entre factions opposées, ainsi que sur les déclarations de Thierry Fagart, faisant état d’un nombre limité de victimes. Des éléments qui, selon lui, remettent en cause la version largement diffusée d’un massacre à grande échelle.
Au-delà des faits, l’ancien chef d’État insiste sur ce qu’il considère comme une dérive judiciaire. Il rappelle avoir été incarcéré pendant plus de deux ans sans jugement, avant d’être libéré par la juridiction compétente, qu’il cite comme preuve des failles dans le traitement de son dossier. Pour lui, cette détention prolongée symbolise une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.
Dans cette logique, Jocelerme Privert estime que la résurgence actuelle de l’affaire n’est pas anodine. Il y voit le signe d’un climat politique où les contentieux du passé sont mobilisés comme leviers d’influence, notamment dans des périodes de recomposition du pouvoir.
Plus de vingt ans après les faits, l’affaire de La Scierie demeure un point de fracture dans la mémoire collective haïtienne. Entre lectures divergentes, interprétations juridiques contestées et enjeux politiques persistants, ce dossier continue d’alimenter débats et tensions, illustrant la difficulté de construire une vérité partagée autour des épisodes les plus sensibles de l’histoire récente du pays.