Haïti : Cessons de Tendre la Main pour Exercer Notre Souveraineté

Politique

 

La Dignité d’un Peuple : Ramasser Notre Caractère ou Périr dans la Mendicité
Il est grand temps il est même urgent, vital, impératif que nous ramassions une bonne fois pour toutes notre caractère de peuple, ce caractère épars sur le sol de nos humiliations accumulées comme des feuilles mortes que le vent de la dépendance a balayées trop longtemps. Un peuple sans caractère est comme un arbre sans racines : il plie à chaque souffle étranger, il s’incline à chaque bourse tendue, il finit par tomber sans même comprendre pourquoi.

Cela doit passer, en premier lieu, par des actes symboliques forts et irréversibles. Parmi ces actes, l’un s’impose avec l’évidence d’une vérité criante : le refus catégorique, intangible, constitutionnel, que les prochaines joutes électorales soient financées, sous quelque forme que ce soit directe ou déguisée, ouverte ou maquillée par le PNUD, par l’OEA, ou par tout autre organisme du même calibre. Ces institutions, aussi bien intentionnées qu’elles puissent se proclamer, ne sont pas des philanthropes désintéressés ; elles sont des prêteurs qui gardent leurs registres, des architectes qui dessinent les plans de la maison que vous croyez posséder.

Le Conseil Électoral Provisoire n’a pas à engager la dignité de l’État haïtien dans une mendicité effrénée et institutionnalisée. Quand un État tend la main pour organiser ses propres élections cet acte souverain par excellence, ce moment où un peuple choisit librement ses maîtres il se retrouve dans la posture du mendiant qui demande à son créancier la permission de choisir. C’est une contradiction dans les termes. C’est une souveraineté de façade, un drapeau planté sur du sable mouvant.

Il est temps que l’on tire toutes les conséquences étatiques et souverainistes de cette mentalité désastreuse qui veut que l’on finance tout en Haïti avec l’argent de l’étranger. Cette mentalité-là n’est pas tombée du ciel : elle s’est installée insidieusement, comme une liane parasite qui, d’abord discrète, finit par étouffer l’arbre qu’elle enlace. Elle est avilissante pour nous et pour nos ancêtres ces hommes et ces femmes qui ont brisé leurs chaînes en 1804 non pas pour implorer la charité du monde, mais pour dire au monde entier : nous existons par nous-mêmes, pour nous-mêmes, et grâce à nous-mêmes.

Un premier pas salutaire a pourtant été franchi. Le président Préval avait eu cette lucidité et cette fierté de financer les dernières élections de son mandat avec nos propres deniers. Ce geste, trop vite oublié, trop peu imité, mérite d’être gravé dans notre mémoire collective comme un modèle, un phare dans la nuit de nos abdications. Il a prouvé que c’était possible. Il a prouvé que la volonté suffisait. Pourquoi ses successeurs ont-ils choisi de revenir à la sébile ?


Car c’est bien de cela qu’il s’agit : la sébile. Cette propension à quémander est désormais installée depuis trop longtemps, et elle s’affirme à chaque gouvernement, à chaque ministère, à chaque conférence internationale comme une seconde nature. Nos dirigeants traînent leurs sébiles comme d’autres portent leur dignité. Ils parcourent les capitales étrangères, chapeau bas, sourire contraint, promesses en bandoulière, pour revenir les mains pleines d’une aide qui n’est jamais gratuite, d’un financement qui n’est jamais sans conditions. Ils compromettent la dignité de leurs fonctions autant que celle du peuple qu’ils sont censés représenter. Un ministre qui quémande n’est plus un ministre : il est un intermédiaire entre son peuple et ses maîtres réels.
Nous autres, patriotes haïtiens, nous devons dire non un non sonore, un non documenté, un non gravé dans nos lois et dans nos mœurs à cette escalade dans l’indignité. Nous ne pourrons pas récupérer notre dignité de peuple si nous passons notre temps à traîner nos misères aux portes des ambassades, à exhiber nos plaies pour émouvoir des donateurs dont la générosité est toujours calculée.


La dignité ne se négocie pas. Elle ne s’emprunte pas. Elle ne s’importe pas dans des conteneurs d’aide humanitaire. Elle se construit, pierre à pierre, sacrifice après sacrifice, refus après refus. Un peuple qui refuse de se financer lui-même refuse, en réalité, de se gouverner lui-même. Et un peuple qui ne se gouverne pas est condamné à être gouverné par d’autres par procuration, par influence, par le pouvoir discret mais redoutable du carnet de chèques.
Haïti a tout ce qu’il faut pour être debout. Ce qui nous manque, ce n’est pas l’argent de l’étranger. Ce qui nous manque, c’est le courage de croire que nous valons mieux que leur pitié.


La liberté de 1804 n’était pas un cadeau. Pourquoi notre démocratie de 2025 devrait-elle en être un ?


Maguet Delva