Dans un pays où les pages des journaux portent souvent le poids des drames, il arrive parfois qu’une nouvelle ouvre une fenêtre sur la lumière. Cette semaine, le nom d’Evelyne Trouillot s’est inscrit une fois encore dans la mémoire culturelle haïtienne. Le Grand Prix KOJÈS 2026 lui a été décerné, comme une fleur déposée au pied d’une œuvre immense, patiente et profondément humaine.
Il y a des écrivaines qui racontent le monde. Et puis il y a celles qui le réparent doucement, phrase après phrase. Evelyne Trouillot appartient à cette catégorie rare. Depuis des années, sa plume traverse les douleurs collectives, les silences des femmes, les blessures de l’histoire et les rêves obstinés d’un peuple qui refuse de mourir. Ses mots ressemblent parfois à des braises : ils brûlent sans faire de bruit.
Au Centre Culturel Pyepoudre, l’émotion semblait flotter dans l’air comme une chanson ancienne. Le prix n’honorait pas seulement une carrière. Il venait saluer une présence. Une fidélité à la littérature haïtienne. Une manière d’habiter le chaos avec dignité. Dans ses romans, dans ses pièces, dans ses engagements, l’écrivaine n’a jamais quitté le terrain de l’humain. Elle écrit comme on tend la main à quelqu’un qui tombe.
Recevoir le Grand Prix KOJÈS aujourd’hui, dans une Haïti fracturée par la peur, la violence et l’incertitude, prend une dimension presque symbolique. C’est rappeler que la culture continue de respirer malgré les ruines. Que les artistes demeurent debout même lorsque le pays chancelle. Et que les livres peuvent encore devenir des refuges.
Autour d’Evelyne Trouillot, il y avait des regards admiratifs, des sourires sincères, des jeunes artistes attentifs. Peut-être parce qu’au-delà des récompenses, elle représente une transmission. Une mémoire vivante. Une femme qui a fait de l’écriture un acte de résistance douce contre l’effacement.
Dans le tumulte haïtien, certaines voix deviennent des repères. Celle d’Evelyne Trouillot en est une. Une voix calme, profonde, nécessaire. Comme un poème qu’on garde longtemps en soi après l’avoir lu.
Gertrude JEAN-LOUIS