NOTE DE CONJONCTURE DE L’ANCIEN PRÉSIDENT JOCELERME PRIVERT À L’OCCASION DE LA CELEBRATION DU 222e A

Société

Chers compatriotes,

En ce 18 novembre 2025, nous célébrons le 222? anyniversaire de la fin des guerres de libération nationale, événement fondateur qui a ouvert la voie à la proclamation de l’indépendance de l’ancienne colonie de Saint-Domingue, rebaptisée Haïti, par nos pères fondateurs. Cette date, tout comme le 18 mai et le 1?? janvier, est au cœur de notre identité nationale et de notre aspiration à la liberté. Elle nous rappelle notre histoire, notre dignité, notre souveraineté et notre responsabilité collective. Plus qu’un souvenir, elle demeure une source d’inspiration dans notre quête de paix, de stabilité, de justice et de progrès.

Rappel historique et engagement

À ce carrefour de notre histoire, j’ai choisi de m’adresser à vous. En février 2016, le devoir patriotique m’a appelé à servir la République. J’ai accepté cette mission avec lucidité et détermination, dans un contexte marqué par le risque du chaos et de l’anarchie, consécutivement à la fin du mandat du Président Martelly, en l’absence de successeur désigné. 

Ma priorité fut de rétablir la paix publique, d’assurer la sécurité de la population et de relancer le processus électoral afin de restaurer la stabilité politique et institutionnelle. Ces engagements étaient essentiels au redressement économique et social du pays, seul capable de redonner au peuple haïtien l’espoir en un avenir meilleur.

La tâche fut ardue. Mon administration a dû affronter l’ostracisme, l’hostilité et l’incompréhension de nombreux acteurs politiques. La virulente opposition de certains anciens collègues du Parlement, à l’égard de ma personne, a même empêché la tenue de plusieurs séances statutaires pourtant cruciales pour la réussite de la transition. Le contexte économique et financier que j’ai hérité, était, en tout point, défavorable. Ce qui m’a contraint, à plusieurs reprises, à devoir trancher entre les besoins prioritaires de la population et les impératifs du financement national du processus électoral. 

Malgré ces nombreux obstacles, la mission a été menée à terme avec détermination et sens des responsabilités. Pourtant, neuf ans plus tard, nous constatons avec amertume la persistance de mêmes défaillances structurelles. Les principales des institutions garantes de la démocratie et de l’Etat de droit, sont redevenues dysfonctionnelles. Le pays s’enlise dans une instabilité politique chronique. L’insécurité généralisée qui sévit, la pauvreté dégradante qui déshumanise et l’incertitude du lendemain qui mine tout espoir, constituent une réalité quotidienne implacable, pour des millions de compatriotes.

État des lieux politique, économique et social

Port-au-Prince, la capitale du pays est depuis environ cinq ans sous la menace des gangs armés provoquant son total isolement du reste du pays. Les institutions gouvernementales, pour échapper aux attaques des bandits et protéger leur personnel, ont dû fuir le centre-ville ou sont installés leurs bureaux. L’Aéroport international Toussaint Louverture, le seul reliant Port-au-Prince aux autres capitales de la planète, attaquée à l’arme lourde par des bandits, est abandonné par les compagnies aériennes, voilà déjà plus d’une année.

L’économie nationale est en complète régression. Au cours des six dernières années, elle a enregistrée que des taux de croissance négatifs. Les investissements créateurs de richesse et d’emplois se raréfient, tandis que la population continue de croître à un rythme soutenu. Dans ce contexte de pénurie, la réhabilitation des infrastructures routières et agricoles, détruites dans le grand Sud, lors du séisme du 14 août 2021 et du passage de l’ouragan Melissa en octobre dernier, reste hypothétique.

Sur le plan social, la situation est alarmante?: plus de 60?% de la population, soit près de six millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté extrême et en insécurité alimentaire. Environ deux millions, d’entre elles, fuyant la violence des groupes armés sont contraints de fuir leur domicile, pillé et incendié, pour se réfugier dans des abris précaires, dans des conditions, totalement, incompatibles avec la dignité humaine. Des millions de nos enfants et de nos jeunes, particulièrement ceux vivant dans les zones contrôlées par les groupes armés, sont privés de leur droit légitime à l’Education et à la formation. La fermeture de nombreux établissements scolaires et universitaires compromet gravement l’avenir de notre jeunesse.

Les nouveaux défis

Face à cette réalité, l’espoir de nos compatriotes en un avenir apaisé et prospère se retrouve gravement compromis. Le bonheur collectif, inscrit dans le préambule de la Constitution de 1987, paraît hors de portée. Pourtant, Haïti peut encore se relever, à condition de rétablir en toute urgence ces trois piliers essentiels?: la paix, la sécurité et la stabilité.

Ces piliers, bien sûr, doivent se reposer sur une justice forte et impartiale, un dialogue sincère et inclusif, une solidarité active et un respect absolu de la vie humaine. Les acteurs politiques doivent travailler à restaurer la confiance de la population, tant dans le fonctionnement des institutions que dans l’intégrité de leurs dirigeants.

Les fléaux à combattre

La corruption, la contrebande, les trafics d’armes, de munitions, de stupéfiants et d’organes humains, ainsi que la prolifération des groupes armés, doivent, sans ambiguïté, déclarés comme des fléaux menaçant directement la survie de l’État. La lutte contre ces fléaux et contre l’impunité dont jouissent leurs auteurs et complices doit être menée avec rigueur et impartialité. Aucun privilège, aucune appartenance, aucune protection politique ne doit prévaloir sur la loi. La Constitution doit rester la seule boussole de ceux qui exercent une parcelle d’autorité.

Le peuple haïtien ne tolérera plus jamais le retour aux dérives autoritaires du passé. L’époque où un homme pouvait, par son seul pouvoir politique, emprisonner, torturer, exiler ou exécuter impunément, est révolue. Aucun dirigeant haïtien, aujourd’hui ou demain, ne doit pouvoir se servir de la justice pour éliminer un adversaire ou museler une voix dissidente.

Les élections et les dirigeants de demain

Depuis le dysfonctionnement du Pouvoir législatif en janvier 2020, l’ordre constitutionnel est rompu. Au tout début de la nouvelle année (janvier 2026) le pays aura vécu six ans sans Parlement fonctionnel. L’assassinat du Président Jovenel Moïse a plongé la nation dans une transition confuse, que certains ont préféré entretenir, pour en jouir les privilèges, plutôt que surmonter les obstacles à sa conclusion.

Le rétablissement de la légitimité constitutionnelle et institutionnelle, est aujourd’hui plus qu’impératif. Haïti a besoin d’élections crédibles, transparentes et honnêtes, pour se doter de dirigeants légitimes et capables de conduire le pays vers son redressement. À ce moment critique, la gouvernance du pays doit être confiée à des femmes et des hommes d’expérience, d’intégrité et de vision, capables de défendre l’intérêt général et de restaurer la confiance dans la République.

Le peuple haïtien devra, avec lucidité, vigilance, et patriotisme, rejeter les démagogues, les amateurs inconscients, les opportunistes et ceux qui font l’apologie de la criminalité et la corruption. Notre pays mérite mieux que ceux qui transforment la violence et le pillage en arguments politiques pire encore comme formule de gouvernance.

Appel à la responsabilité citoyenne 

Chers compatriotes,

En ce 18 novembre, souvenons-nous que rien n’a jamais été donné à notre Nation?: tout a été conquis par la volonté, le courage et le sacrifice de nos ancêtres. Aujourd’hui encore, l’Histoire nous appelle à redevenir ce peuple debout, déterminé et indomptable, qui refuse la fatalité et choisit la grandeur. L’heure est à l’action, à l’audace et à la transformation. Haïti n’attend ni sauveur providentiel ni miracle venu d’ailleurs?: elle attend ses enfants, unis et responsables, décidés à rompre avec la peur, la division et la résignation. 

Que cette date, à l’image du 18 novembre 1803 nous rappelle que notre destin national dépend de notre volonté collective de transformer notre pays en une Haïti démocratique, stable, prospère, compétitive et solidaire.

Que chacun d’entre nous choisisse la République ! Que chacun de nous engage son énergie au service de la Nation et autour de cette vision transformatrice. 

Que ce 18 novembre 2025 soit un appel solennel à toutes les filles et à tous les fils d’Haïti?: un appel à la responsabilité citoyenne, au courage, au dialogue et à l’unité. 

 

Que Dieu veille sur Haïti !

Vive la République, vive Haïti !

 

Port-au-Prince, le 18 Novembre 2025

Jocelerme PRIVERT

57ème Préside

nt de la République d’Haïti