‘’Assez ! ‘’ : L'ancien sénateur Desras lance un appel choc face à l’effondrement de l’État

Politique




Dans un contexte de crise multidimensionnelle persistante, l’ancien président du Sénat haïtien, Simon Dieuseul Desras, a publié un texte incisif adressé à la nation, appelant à une prise de conscience collective et à une refondation profonde de l’État haïtien.

Dans ce document à forte portée politique et sociale, l’ex-parlementaire dresse un constat sans concession de la situation actuelle du pays. Il évoque une Haïti en perte de repères, incapable, selon lui, de se constituer pleinement en un État solide, organisé juridiquement et territorialement, et en une nation unie autour de valeurs communes.

Au-delà de la crise politique, Desras met en lumière une crise qu’il qualifie avant tout de sociale. « Le pays semble ne plus exister », affirme-t-il, dénonçant une société dominée par l’individualisme et l’érosion de l’esprit collectif. Pour l’ancien président du Sénat, cette dérive constitue un frein majeur à toute tentative de reconstruction nationale.

Il critique également la prolifération des partis politiques plus de 320 selon lui qu’il considère comme un symptôme du désordre institutionnel et de la fragmentation du paysage politique haïtien. Dans un ton alarmant, il dénonce des « élections désorganisées » sous un pouvoir de facto, remettant en question leur crédibilité.

Le texte pointe du doigt les dérives du pouvoir en place, notamment en matière de gestion des ressources publiques. L’ancien sénateur évoque des pratiques telles que le gaspillage, la corruption et le non-respect des engagements politiques, en contradiction avec les promesses de réduction des dépenses étatiques formulées dans l’accord du 3 avril 2024.

Dans ce climat de défiance généralisée, Desras souligne également l’effondrement des institutions judiciaires. « La force a remplacé le droit », écrit-il, décrivant une justice inexistante ou instrumentalisée, incapable de garantir la sécurité des citoyens et la protection de leurs biens.

L’ancien président du Sénat insiste sur la dégradation continue de la situation sécuritaire. Il évoque des villes désertées, des populations contraintes à l’exode interne et une population livrée à elle-même face à la violence. Cette insécurité chronique, selon lui, compromet toute perspective de stabilité politique et économique.

Face à ce tableau sombre, Simon Dieuseul Desras appelle à un retour urgent à l’ordre constitutionnel, condition sine qua non, selon lui, pour l’organisation d’élections « libres, crédibles et démocratiques ». Il insiste également sur la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle des finances publiques, en soulignant le rôle central que devrait jouer un Parlement fonctionnel.

Au-delà des critiques institutionnelles, le texte se veut aussi un appel à la responsabilité individuelle et collective. L’ancien sénateur invite les Haïtiens à mener une « bataille intérieure » pour redéfinir le sens de l’identité nationale et assumer les responsabilités citoyennes.

Dans une tonalité à la fois grave et mobilisatrice, il exhorte la population à « lever la voix » et à dire « assez », face aux dérives politiques et à la banalisation de la corruption.

Alors que le pays s’approche du 39e anniversaire de la Constitution de 1987, Desras plaide pour une réflexion collective approfondie, estimant que seule la connaissance et l’engagement citoyen permettront de faire émerger des solutions durables.

Son message se conclut sur une note d’espoir, appelant à l’unité et à l’action commune pour reconstruire la nation haïtienne.

 

Sévère Jean Dalens